La lutte contre la dépendance a besoin de données, pas de manipulations
Le public mérite de voir les données, plutôt que des messages politiques soigneusement élaborés.
La lutte contre la dépendance a besoin de données, pas de manipulations
LE COMITÉ DE RÉDACTION
PUBLIÉ LE 17 OCTOBRE 2023
MIS À JOUR LE 18 OCTOBRE 2023
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Le premier projet pilote canadien visant à décriminaliser la possession de certaines drogues illicites a débuté en Colombie-Britannique en janvier. Un recul majeur, sous la forme d'une législation provinciale fixant des limites à la consommation publique de drogues, a suivi huit mois plus tard. Ce retour en arrière offre une leçon claire aux gouvernements responsables de cet important procès.
Le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, a déclaré que le projet de loi visant à interdire la consommation de drogues illicites dans de nombreux espaces extérieurs était nécessaire parce que le soutien du public à la décriminalisation en tant qu'outil permettant de sauver des vies s'érodait.
L'exemption accordée par Santé Canada aux lois fédérales sur les drogues signifie que depuis le 31 janvier, les adultes de la Colombie-Britannique ne sont pas arrêtés ou accusés de possession de petites quantités de certaines drogues illégales les plus souvent associées aux surdoses, et leurs drogues ne sont pas non plus saisies. Cette mesure a été motivée par les pertes de vies incessantes dues aux drogues toxiques et conçue pour réduire la stigmatisation qui peut empêcher les personnes de demander de l'aide en cas de dépendance.
Mais le changement de politique a mis la consommation de drogue au grand jour d’une manière qui a déstabilisé le public. M. Eby a admis que les Britanno-Colombiens se sentaient moins en sécurité depuis l'entrée en vigueur de l'exemption. « Nous avons besoin d'une province où les gens se sentent en sécurité dans nos communautés », a-t-il déclaré.
Le fait que la décriminalisation ait permis à la consommation de drogue de sortir de l’ombre n’aurait pas dû surprendre les décideurs politiques, y compris M. Eby.
L’Association des chefs de police de la Colombie-Britannique, qui soutenait la décriminalisation, a averti fin 2021 que des problèmes d’ordre public et de sécurité découleraient de la consommation de drogues illicites dans les lieux publics. L'association a réclamé une législation pour donner à la police les outils nécessaires pour assurer la sécurité publique.
Au lieu de cela, Ottawa et la Colombie-Britannique ont progressé sans ces protections en place. Le gouvernement fédéral a assuré aux Canadiens que l'expérience serait soumise à un suivi rigoureux et à une évaluation transparente des résultats, afin de s'assurer qu'elle s'avère être dans l'intérêt public. « Des données et des preuves solides sont nécessaires pour garantir que l'exemption atteint ses objectifs et identifie toute conséquence négative imprévue qui doit être corrigée », a noté le gouvernement fédéral dans les conditions de l'exemption.
Ces conséquences involontaires n’ont pas tardé à se manifester. La police n'avait plus le pouvoir de déplacer les gens lorsqu'ils consommaient des drogues dans des circonstances problématiques, comme sur un terrain de jeu.
Le maire de Kelowna, Tom Dyas, s'est rendu à Victoria en mars, quelques semaines seulement après l'entrée en vigueur de la nouvelle politique, pour plaider en faveur de changements visant à réduire la consommation de drogues dans les parcs pour enfants, les terrains de jeux et les plages. Une série de gouvernements municipaux ont adopté leurs propres règlements cherchant à combler les lacunes laissées par les législateurs fédéral et provinciaux. Les maires qui avaient adopté la décriminalisation se sont joints au lobby pour établir certaines limites.
Face à la pression croissante de la police et des maires, le ministre de la Santé mentale et des Dépendances de la Colombie-Britannique a écrit à Ottawa en juillet pour demander « une solution immédiate et tactique » pour lutter contre la consommation publique de drogues illicites. La demande était basée sur des « commentaires largement répandus de la communauté ».
L'amendement fédéral a été accordé en septembre pour interdire l'utilisation dans les terrains de jeux, les pataugeoires, les pataugeoires et les skateparks. En octobre, la province est allée plus loin et a présenté le type de législation que la police réclamait il y a près de deux ans. Si elle est adoptée, la province interdira à nouveau la consommation de drogues dans les zones de loisirs extérieures, notamment les parcs, les plages et les terrains de sport, ainsi que dans un rayon de six mètres des entrées des bâtiments et des arrêts de bus.
Ce changement ne fait pas de la décriminalisation un échec. Mais ce procès est censé être régi par les preuves et non par la politique. Les données soutiennent-elles ce changement, qui risque de pousser les consommateurs de drogues hors de vue, là où ils sont plus susceptibles de faire une overdose ?
Il n’y a pas de réponse, ou du moins pas de réponse visible pour le public.
En septembre, le gouvernement de la Colombie-Britannique a publié un tableau de bord – un instantané des données – qui ne peut être décrit comme une évaluation transparente des résultats. Si une partie du public perd confiance dans la décriminalisation, Ottawa et la Colombie-Britannique doivent assumer la responsabilité de se précipiter sans mettre en place les garde-fous nécessaires. Mais il existe également un manque de divulgation publique qui ne contribue pas à instaurer la confiance.
Cet espace soutient depuis longtemps la décriminalisation et accueille favorablement la nouvelle politique comme un changement capital dans la lutte contre les décès par surdose de drogue. Le public mérite de voir les données, plutôt que des messages politiques soigneusement élaborés.














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