Le cannabis légal au Canada, cinq ans plus tard
Plusieurs experts la redoutaient. Certains prédisaient une catastrophe. Force est d’admettre que la tempête annoncée n’a pas eu lieu.
Au contraire, des données recueillies au pays montrent même des constats encourageants
depuis sa légalisation par le gouvernement Trudeau, le 17 octobre 2018.
Le cannabis légal au Canada, cinq ans plus tard
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À l’époque de son adoption à Ottawa, la controversée Loi sur le cannabis avait pour principal but d’étouffer le marché noir et assurer l’accès à un produit sécuritaire pour les consommateurs de cannabis récréatif.
Jacques Nadeau archives Le Devoir À l’époque de son adoption à Ottawa, la controversée Loi sur le cannabis avait pour principal but d’étouffer le marché noir et assurer l’accès à un produit sécuritaire pour les consommateurs de cannabis récréatif.
Sandrine Vieira
à Ottawa
Correspondante parlementaire
18 h 08
Société
Plusieurs experts la redoutaient. Certains prédisaient une catastrophe. Mais cinq ans après la légalisation du cannabis au Canada, force est d’admettre que la tempête annoncée n’a pas eu lieu. Au contraire, des données recueillies au pays montrent même des constats encourageants depuis sa légalisation par le gouvernement Trudeau, le 17 octobre 2018. Survol de la situation en données.
À l’époque de son adoption à Ottawa, la controversée Loi sur le cannabis (projet de loi C-45) avait pour principal but d’étouffer le marché noir et assurer l’accès à un produit sécuritaire pour les consommateurs de cannabis récréatif.
« L’an dernier, il y a eu 5 millions de Canadiens qui ont consommé du cannabis. Là, les gens, c’est à leur honneur, ils sont intéressés de pouvoir acheter un produit “sécure”, approuvé par Santé Canada, et ne pas envoyer de l’argent dans les poches des criminels », avait déclaré le premier ministre Justin Trudeau sur le plateau de l’émission Tout le monde en parle, le 21 octobre 2018. Ce dernier avait ramené l’argument du marché noir à de nombreuses reprises la même soirée.
Bien que le marché illégal soit toujours actif, de nombreuses études montrent qu’un nombre croissant de consommateurs canadiens se sont tournés vers le marché légal.
Pendant la première moitié de 2023, plus de 70 % de la valeur totale du cannabis consommé au Canada provenait d’une source légale (médicale et non médicale autorisée), en hausse par rapport à 22 % au quatrième trimestre de 2018, lorsque la légalisation venait juste de commencer.
L’accessibilité au produit a elle aussi augmenté de façon exponentielle : on recensait 8 fois plus de magasins autorités à la fin de 2020 que deux ans plus tôt au pays. Ce chiffre a encore doublé au deuxième trimestre de 2022 et serait demeuré stable depuis.
L’Ontario est la province où l’offre est la plus hallucinante : l’an dernier, on comptait presque autant de magasins de vente de cannabis que de restaurants Tim Hortons dans la province.
Diminution des infractions
Avant la légalisation, la possession de cannabis était presque toujours illégale et représentait la majorité des infractions liées au cannabis. Depuis la légalisation, le nombre total d’infractions liées au cannabis a grandement diminué, comme la plupart sont liées à l’importation et à l’exportation illicites.
Le taux d’infraction lié au cannabis déclaré par la police est passé de 99 par 100 000 habitants en 2018 (année de la légalisation) à 28 par 100 000 habitants cinq ans plus tard.
Une étude réalisée par le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances en 2022 souligne une réduction importante du nombre d’infractions liées à la possession de cannabis par les jeunes après la légalisation — et par le fait même, une diminution du fardeau sur le système de justice pénale.
« Les personnes qui ont eu des démêlés avec le système de justice pénale ont subi des conséquences négatives et durables, lesquelles affectant de manière disproportionnée les personnes marginalisées et racialisées », note Statistique Canada.
Hors de la portée des mineurs
Garder le cannabis hors de la portée des mineurs était un autre objectif de la légalisation. Cinq ans plus tard, la consommation de cannabis est la plus courante chez la tranche d’âge des jeunes de 18 à 24 ans. Un rapport de Statistique Canada démontre toutefois que la consommation chez les mineurs de 15 à 17 ans n’a pas augmenté depuis la légalisation.
L’âge moyen d’initiation à la consommation de cannabis aurait aussi légèrement augmenté au fil du temps.
Au Québec, la proportion de personnes ayant consommé du cannabis dans la dernière année a diminué, passant de 19 % en 2022 à 17 % en 2023. C’est également dans la province que la consommation demeure la plus faible parmi toutes les provinces au pays.














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