Cannabis: il est temps de rouvrir le débat sur l’âge minimal, plaide un expert
l’interdiction expose non seulement les jeunes au marché criminel, mais également à d’autres substances,
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Cannabis: il est temps de rouvrir le débat sur l’âge minimal, plaide un expert
STEVENS LEBLANC/JOURNAL DE QUEBEC
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NICOLAS ST-PIERRE
Vendredi, 10 novembre 2023 19:30
MISE À JOUR Vendredi, 10 novembre 2023 19:30
Près de quatre ans après l’entrée en vigueur de la loi québécoise portant l’âge légal pour acheter du cannabis à 21 ans, un spécialiste en prévention de la toxicomanie croit qu’il est grand temps de rouvrir ce débat.
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Selon les données préliminaires de l’Enquête québécoise sur le cannabis 2023, 22,6% des jeunes de 15-20 ans auraient ont consommé du cannabis dans la dernière année (voir tableau plus bas).
«Ces jeunes-là sont laissés à eux-mêmes. Ils consomment du cannabis provenant du marché illégal et dont la qualité et le taux de THC sont complètement inconnus et c’est encore plus néfaste pour le cerveau», souligne Jean-Sébastien Fallu, professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal.
«Je pense qu’il est réellement temps de se reposer la question», renchérit-il.
Depuis le 1er janvier 2020, les Québécois doivent avoir 21 ans pour acheter du cannabis dans les succursales de la société d’État.
Pour motiver sa décision, le gouvernement s'était notamment appuyé sur la position de l'Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ). Plusieurs études citées démontraient alors que la consommation de cannabis augmente les risques de développer des psychoses de 40%.
L’AMPQ mentionnait d’ailleurs que le cerveau humain ne cesse de se développer jusqu’à l’âge de 25 ans et que l’inhalation régulière de cannabis pendant cette période, soit l’adolescence et le début de l’âge adulte, comporte un énorme risque.
Contenu inconnu
Au Québec en 2022, la moitié des consommateurs de 15 à 17 ans (50%) ne connaissent pas le contenu en cannabinoïdes du cannabis qu’ils ont principalement consommé au cours de l’année précédente (voir tableau plus bas).
«Oui, il y a des dommages sur le cerveau, mais les dommages sont encore plus grands si on ne sait pas ce qu’on consomme et que notre cannabis contient des métaux lourds ou de la moisissure», précise M. Fallu.
Jean-Sébastien Fallu, professeur agrégé de l'École de psychoéducation de l'Université de Montréal. COURTOISIE
« On considère qu’une personne de 18 ans est assez mature pour prendre des décisions risquées comme s’acheter une propriété, se marier, s’enrôler dans l’armée ou consommer de l’alcool, mais pas assez pour le pot», ajoute-t-il.
Le Québec est d’ailleurs la seule province où l’âge minimal pour acheter du cannabis est de 21 ans.
Exposition au marché illégal
Selon lui, l’interdiction expose non seulement les jeunes au marché criminel, mais également à d’autres substances, parce que les vendeurs ont souvent plusieurs produits.
«Ce n’est pas nécessairement une bonne chose non plus pour la société puisque ça maintient le marché illégal quand autant de jeunes doivent s’y approvisionner pour obtenir du cannabis», explique-t-il.
Même s’il croit qu’une révision de cette loi est nécessaire, il explique qu’il serait vraiment surprenant de voir le gouvernement se lancer dans ce processus, puisqu’il a «déjà fait la sourde oreille devant un consensus il y a 4 ans».














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